© koumaru/Adobe stock
Le dopage sportif peut avoir des effets délétères sur la santé à des degrés variables selon la nature et la combinaison des substances utilisées, la durée d’utilisation et la quantité consommée. L’Inserm a réalisé une vaste expertise sur le sujet.
Selon le rapport annuel de l’Agence mondiale antidopage pour l’année 2024, 91 athlètes français ont été testés positifs en 2024. Pour la deuxième année consécutive, la France est la deuxième nation avec le plus grand nombre de cas positifs recensés par l’Agence mondiale antidopage. Ce vendredi 24 avril, l’Inserm dévoile les résultats d’une expertise collective dressant un état des lieux du dopage et des pratiques dopantes en milieu sportif (professionnel et amateur).
Le rapport a été commandé par le ministère chargé des Sports et se fonde sur l’analyse critique de la littérature scientifique internationale de ces dix dernières années (plus de 3 800 références examinées) par un groupe pluridisciplinaire d’expertes et d’experts couvrant les domaines de l’épidémiologie, la sociologie, la philosophie politique, la psychosociologie, la psychologie, la science de la prévention, la cardiologie, la psychiatrie, la physiologie de l’exercice et la médecine du sport.
L’analyse des différentes méthodes utilisées pour estimer la prévalence du dopage et des pratiques dopantes met en évidence l’hétérogénéité des populations concernées. Au cours des 10 dernières années, la prévalence globale du dopage dans les compétitions de haut niveau est estimée à moins de 5 %. Selon la méthodologie utilisée (hors tests biologiques) la prévalence pourrait cependant atteindre jusqu’à 30 % dans certains sports. « Dans les résultats de tests biologiques susceptibles de constituer une infraction au Code mondial antidopage, les stéroïdes anabolisants constituent la catégorie de substances dopantes la plus communément détectée (de 43 à 45 %), suivie par les stimulants et les diurétiques et agents masquants3 (de 12 à 16 %) », confirme l’Inserm.
À lire aussi
Qu’en est-il du handisport ?
Les sportifs en situation de handicap ne sont pas non plus épargnés par le dopage. « Entre 2013 et 2022, le taux de violations se situait en dessous de 1 % ; les sports les plus concernés étant le para-athlétisme et l’haltérophilie handisport. Le handisport est confronté à des formes spécifiques de dopage », rapportent les experts. En effet, les athlètes en situation de handicap présentent des profils de consommation de médicaments prescrits distincts. « Les études analysées – dont la plupart ont été menées auprès d’athlètes paralympiques – font état d’une utilisation accrue d’analgésiques et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, avec des taux de prévalence avoisinant les 20 % ».
Concernant la propension au dopage dans le sport amateur, les études sur les pays européens estiment la consommation de substances visant à améliorer les performances chez les amateurs de 2 à 39 % selon les disciplines.
Antidouleurs, compléments alimentaires, stéroïdes anabolisants androgènes ; quels sont les produits dopants les plus fréquents ? Concernant les stéroïdes anabolisants androgènes, des études dans les pays occidentaux évaluent leur consommation chez les 12-30 ans en population générale à 1,6 % avec une consommation en augmentation depuis de 2022 et plus de la moitié des usagers déclarant des symptômes de dépendance. « Chez les sportifs fréquentant les salles de sport, les prévalences de consommation de SAA sont en moyenne plus élevées que dans la population générale, variant entre 10 et 35 % », détaille l’Inserm.
Concernant les antidouleurs, leur usage est répandu chez les sportifs professionnels et amateurs. L’usage des antidouleurs est répandu en particulier dans les sports d’endurance (trail, football…) et de contact. La consommation d’antidouleurs les plus communs – paracétamol, anti-inflammatoires non stéroïdien (AINS) comme l’ibuprofène ou le kétoprofène ne constitue pas une pratique de dopage comme définit par l’AMA. Par contre, « certains analgésiques opioïdes (morphine, tramadol, oxycodone…) figurent sur sa liste des substances interdites ».
Améliorer la coordination
Les études documentent des prises concomitantes de plusieurs classes de molécules anti-inflammatoires différentes et des posologies supérieures aux recommandations. « Chez les jeunes sportifs et dans le football professionnel, les taux dépassent parfois 50 %. Dans les sports d’endurance, la consommation tend à augmenter avec la durée ou la longueur des épreuves : de 3 % pour les semi-marathons à plus de 60 % lors des courses de plus de 100 km, en faisant une des premières substances licites déclarées (plus d’un participant sur cinq dans l’Ultra-Trail du Mont-Blanc) », détaille l’Inserm.
D’après les experts de cette vaste analyse, étudier le dopage suppose de traiter des questions relatives aux choix individuels aussi bien qu’aux enjeux géopolitiques. « Dans le cas de la France, l’expertise souligne la nécessité d’améliorer la coordination entre les différents acteurs et de contrôler de façon plus structurée les marchés de distribution illégale », conclut l’Inserm.
Sources
Source 1 : Expertise collective Inserm : Dopage et pratiques dopantes en milieu sportif, Communiqué de l’Inserm, 24 avril 2026.

il y a 2 hour
1



