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Dépourvu de fonctions vidéo, le Hasselblad X2D II 100C joue à fond la carte du haut de gamme au service unique de l’image fixe.
© Adrian Branco / Les Numériques
Voici un spécimen à part… Le X2D II 100C de Hasselblad est en effet l’un des rares appareils photo équipés d’un capteur géant dit “moyen format”. Dans ce segment désormais largement dominé par les GFX de Fujifilm, seuls deux Mohicans sont debout : les Danois de Phase One (aux lancements rares) et les Sino-Suédois de Hasselblad. De fait, ce dernier est le seul concurrent réel de Fujifilm, notamment grâce au soutien technologique du chinois DJI, qui infuse l’entreprise de capitaux et de technologies.
Ce boîtier photo — la précision est importante —, qui embarque un capteur géant de 102 mégapixels (Mpx), n’est pas juste une boîte à belles images. Il s’agit d’un appareil beau et superbement construit, mais aussi technologiquement efficace et engagé, car il n’embarque aucune fonction vidéo. Il est au service de l’image fixe, point barre !
© Adrian Branco / Les Numériques
Et alors que les boîtiers moyen format furent jadis lents à l’usage, son autofocus épaulé par un LiDAR, son SSD NVMe ultrarapide intégré et son système logiciel hyper efficace font de ce “Blad” une excellente surprise. C'est d’autant plus vrai que son prix, certes élevé, ne tranche plus avec les “cailloux” très haut de gamme de la compétition. Et s’il n’est pas aussi doué en rafale que le Sony Alpha AII, il est cependant 300 € moins cher et propose une qualité d'image un cran au-dessus.
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Prise en mainUn vrai régal
Rappelons ici aux néophytes que nous testons ici un appareil photo à optiques interchangeables et doté d’un très (très) grand capteur. Ce modèle fabriqué par Sony Semiconductors Solutions affiche non seulement 102 Mpx au compteur, mais aussi une très grande surface utile. Similaire aux capteurs employés par Fujifilm dans ses GFX, il est donc 1,7 fois plus grand que les capteurs des hybrides 24x36 mm. En découle son argument premier : une qualité d’image et une définition bien supérieure.
À gauche, le capteur 24x36 mm du Sony A7V ; à droite, celui du X2D II 100C. © Adrian Branco / Les Numériques
Finitions uniques
© Adrian Branco / Les Numériques
Positionné en marque haut de gamme, Hasselblad ne conçoit pas des produits de masse. Certes, comme les autres, l’entreprise se fournit en composants électroniques auprès de tiers, mais elle a la maîtrise de l'assemblage et des matériaux. Et quel assemblage ! Le X2D II 100C est l’un des plus beaux boîtiers du moment, tant du point de vue esthétique que des finitions.
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Il mélange les angles et courbes dans une structure Bahaus biseautée unique dans le paysage photographique actuel. Sa surface gris mat est également du plus bel effet, de même que le revêtement en caoutchouc, dont l’agencement chaotique des éléments de surface tranche avec le côté monolithique du reste de la structure.
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Une fois saisi, l’appareil fleure bon le haut de gamme. Sa prise en main est franche, presque massive — attention aux petites mains et aux petits biceps — et le toucher des commandes, de même que les rappels de marque (logo H sur le côté, déclencheur orange métallique) transmettent tous ce message : c'est du tout bon.
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De manière purement subjective, cette qualité de toucher et de finitions donne envie de shooter, même s’il faut admettre que sa prise en main est moins bonne que celle des boîtiers 24x36, tant du point de vue du grip que du poids des plus grosses optiques. On salue sa partie électronique à la page, ce qui évite le complexe de l’appareil beau, mais trop lent. Bref, le X2D II 100C est un boîtier qu’on aime porter à l’œil, actionner les molettes et visiter l’interface logicielle.
Une prise en main adaptée aux focales fixes
Les zooms, c'est bien. Mais avec obturateur central, c'est plus long, plus lourd et plus cher ! © Adrian Branco / Les Numériques
Il y a une grande différence de plaisir de manipulation avec ce boîtier selon le type d'optique employée. Avec une focale fixe, le X2D II 100C est bien équilibré et s'avère très agréable à manipuler. C'est moins le cas avec les zooms pour une raison technique : chez Hasselblad, l'obturateur n'est pas dans le boîtier, mais les optiques, soit un obturateur central (leaf shutter en anglais). Cela rend les zooms, déjà encombrants de par la taille du cercle d'image nécessaire au grand capteur, encore plus gros et un peu moins bien équilibrés.
Comme nous, on peut passer une journée de shooting avec le XCD 35-100mm F2.8-4, le boîtier est néanmoins moins agréable dans cette configuration qu'avec une simple focale fixe. Un constat certes valable avec tous les appareils, mais plus prégnant avec un modèle au poids et à l'encombrement plus élevés, au centre de gravité moins bien centré.
Ergonomie logicielle tactile exemplaire
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Pour qui a longtemps connu les versions plus ou moins labyrinthiques des constructeurs photo, la clarté de l’interface logicielle de ce boîtier est un véritable plaisir. S’il faut se faire un peu à l’arborescence comme pour toute nouvelle interface, elle s’impose vite comme l’une des meilleures du genre.
La nomenclature des fonctions est claire et Hasselblad a géré royalement la partie tactile. Alors que les menus de l’essentiel de la concurrence nippone sont pensés pour une navigation avec la croix directionnelle et une éventuelle assistance tactile, ceux du X2D II 100C réagissent naturellement, comme avec un smartphone.
La force du SSD 1 To intégré
Sous le cache, les prises et emplacement à carte mémoire. Sous les vis, l'accès au disque SSD M.2. © Adrian Branco / Les Numériques
Idem, votre hémisphère cérébral gauche (ou droit) ne vous fera plus le coup de l’oubli de la carte mémoire. En sus de son emplacement pour carte CF Express B, le X2D II 100C intègre un disque dur SSD NVMe de 1 To, soit 949 Go formatés. Cet espace interne est une triple bonne idée.
En premier lieu, cela permet à l’appareil de fonctionner sans carte mémoire, parfait pour les têtes en l’air. Ensuite, ce SSD au format M.2 2230 est deux fois moins cher qu’une carte mémoire CF Express B pour la même capacité. Et pour finir, si son caractère non extractible à chaud le rend moins modulaire, cela lui permet de profiter de meilleures performances électroniques (débits) et thermiques (chaleur) sur le long terme.
Finalement, pour les reporters travaillant dans des zones tendues, le fait de pouvoir “sacrifier” une carte mémoire à un contrôle (police, milice, etc.), tout en ayant une copie directement dans l’appareil, peut être un atout (de niche, certes).
Avec des débits annoncés à 2370 Mo/s en écriture et 2850 Mo/s en lecture, ce SSD n’est pas le plus rapide du marché, mais à l’usage, nous n’avons jamais été ralentis pas les temps d’écriture. Il ne reste plus à Fujifilm qu’à faire de même !
Endurance convenable
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Dans le domaine de la maîtrise de la consommation énergétique, Hasselblad cède néanmoins le pas à ce concurrent. Alors que le Fujifilm GFX100s II tient 530 images par charge, le X2D se contente de 466. En activant le HDR, le nombre de clichés descend à 330.
Dans les faits, cette endurance devrait suffire largement à une population qui tend à shooter avec parcimonie :: à chaque fois que l'on presse le déclencheur, le boîtier dépose un joli fichier raw de 200 Mo (20 à 70 Mo pour les jpeg). Entre le stockage et le temps de traitement de ces énormes fichiers, les contraintes sont donc importantes. Et si la batterie tombe à plat, on peut la recharger via la prise USB-C.
RéactivitéUne réussite
En matière de réactivité, le X2D II 100C est une belle réussite. Du point de vue logiciel, son interface est non seulement très belle et bien pensée, mais également très fluide et prompte.
L’autre pan, réussi lui aussi, est celui de la vitesse de mise au point (autofocus), un domaine dans lequel l’entreprise a une fois de plus fait différemment de la compétition. Plutôt que de jouer la carte de l’accélération du calcul en passant par une puce IA dédiée, à l'instar de Sony ou des algorithmes ultra spécialisés comme Canon (sports collectifs, etc.), Hasselblad a eu recours à un composant inédit dans le domaine de la photo : un LiDAR.
Rôle du LiDAR
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Le LiDAR est un outil de mesure de la distance. Par rapport à un capteur de temps de vol ToF (Time of Flight), il est basé non pas sur un point unique, mais tout un nuage. Produisant de petites impulsions laser (le ToF peut se servir de l’infrarouge ou du laser), il s'avère mieux adapté à la capture de sujets en mouvement.
Si l’implémentation de cette technique est nouvelle dans la photo, le bloc technologique implémenté par Hasselblad ne l’est vraisemblablement pas. Il doit provenir, au moins en partie, du DJI Focus Pro, boîtier dédié aux vidéastes professionnels et à même d’apporter l’autofocus à des optiques de cinéma à mise au point manuelle via un second module de motorisation. DJI étant la maison mère de Hasselblad, parions que la technologie a été simplifiée et miniaturisée pour être intégrée dans un boîtier photo.
Forces et limites du LiDAR
Un des avantages du LiDAR est qu’il est opérationnel en basse lumière. Là où les algorithmes de détection de contraste et de phase vont avoir besoin d’un signal amplifié — donc bruité et moins précis —, il se base sur un illuminateur dédié. Dans les faits, jusqu’à une dizaine de mètres, nous avons constaté une bonne vitesse de mise au point, similaire à celle des boîtiers 24x36 classiques. Le mot “classique” a ici son importance, car bien que réactif, on n’est pas au niveau d’un Alpha A1 Mark II ou d’un EOS R1. Dès que la distance est trop grande, le boîtier n’a plus de béquille et son AF en basse lumière devient plus hasardeux. L’autre limite tient à la manipulation de l’appareil : le LiDAR étant intégré sur la face avant, gare à ne pas l’obstruer.
Qualité des images
Du côté de la plage dynamique, tout dépend de votre vision du monde. Si vous voyez le verre à moitié plein, les ingénieurs de Hasselblad ont poussé la récupération des hautes lumières un tiers de diaph plus loin que chez Fujifilm. Un GFX100s II crame définitivement les blancs à 3 IL, tandis que le X2D II 100C cale à 3,3 IL.
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Si vous voyez le verre à moitié vide, vous noterez alors qu’un capteur 24x36 plus moderne, comme celui du Sony A7V, cale à 3,6 IL, remettant en cause l’une des forces des très grands capteurs.
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Pour ce qui concerne la sous-exposition, sa définition élevée et sa grande taille lui permettent de maintenir un niveau de bruit inférieur et une bien plus grande netteté des détails que n’importe quel boîtier 24x36.
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En matière de bruit numérique, en revanche, le X2D II 100C se fait dominer par Fujifilm. Alors que le GFX100s propose une qualité d’image parfaite jusqu’à 1600 ISO, une préservation des détails excellente jusqu’à 64 000 ISO et un mode 12 800 ISO toujours très solide, le X2D II 100C voit sa première dégradation à 1600 ISO et subit un lissage puissant et régulier jusqu’à 6400 ISO.
Dans le domaine des hautes ISO, le 6400 ISO JPEG du Hasselblad est équivalent aux 25 600 ISO du Fuji ! Le raw peut évidemment être débruité, mais on note ici que le traitement logiciel interne du bruit numérique de Hasselblad est moins performant que ceux de ses concurrents japonais.
Le zoom de test : un beau bébé
© Adrian Branco / Les Numériques
Disons-le tout de go : ce zoom n’était pas notre choix, mais envoyé par défaut avec notre appareil photo de test. Certes, un zoom a de très nombreux avantages, mais il colle moins avec l’identité d’un boîtier de puriste. D’autre part, il est un peu lourd (900 g) et long par rapport aux 24-70 f/2,8 du monde 24x36, comme le montre la photo de comparaison ci-dessus.
La qualité de finition de cette optique made in Japan (par Nittoh Kogaku, Hasselblad n’ayant jamais fabriqué ses optiques) est très bonne ; encore heureux pour un zoom à plus de 4000 €. Mais comme nous l'évoquions dans la partie dédiée à la prise en main, son poids et son encombrement, plus importants que ceux des 24-70 mm f/2,8 de boîtier 24x36, peuvent être un frein à la sortie du sac à dos.
On note aussi que ce zoom est loin d’être exemplaire optiquement. Parfaitement pris en charge par DXO Lab, les fichiers raw peuvent être évidemment moulinés pour corriger un vignettage assez prononcé par défaut (corrigé automatiquement en jpeg).
Une stabilisation efficace
Afficher l'EXIF MarqueHasselblad ModèleX2D II 100C Vitesse1/40 s, ouverture : f/3.2 Sensibilité3200 ISO Focale, décalage expo35/1 mm, 0/1 IL © Les Numériques
Si les capteurs dits moyen format ont longtemps été cantonnés aux studios photo, c’est qu’avec de telles surfaces photosensibles, la moindre vibration se payait cash en perte de netteté. La stabilisation très efficace du X2D II 100C lui permet de produire des images de nuit très nettes à main levée. Ce changement de paradigme apporté par les avancées en matière de stabilisation mécanique du capteur permet à ce boîtier, par ailleurs tropicalisé, de sortir par tout temps et toutes conditions lumineuses.
Très bonne science des couleurs
20 images
Si on donne souvent à Fujifilm l’avantage des couleurs interprétées avec ses simulations de film, la palme des meilleures couleurs revient par défaut à Hasselblad. La science des ingénieurs suédois est excellente et les jpeg produits par le boîtier seront publiables tels quels par des journalistes — les artistes feront leur sauce avec leurs logiciels —, tant les couleurs par défaut sont justes. Même de nuit, ce boîtier arrive à produire un équilibre intéressant entre les différentes températures de couleur. Un équilibre qui s’apprécie à l’œil lors de la vérification des images.
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Points forts
Qualité de fabrication.
Ergonomie matérielle et logicielle.
Plaisir d'usage.
Qualité des images.
AF précis.
SSD 1 To intégré.
Points faibles
Rafale médiocre.
Montée en ISO.
Batterie.
Zéro fonction vidéo.
Conclusion
Note de la rédaction
Comment fonctionne la notation ?
Un luxueux objet capable de produire de merveilleuses images fixes : c'est la promesse tenue du Hasselblad X2D II 100C. À contre-courant des constructeurs qui ajoutent tellement de fonctions qu'on ne sait plus où dresser la limite entre caméras et appareils photo, ce constructeur a fait un choix. Il apporte des atouts de poids pour remplir sa promesse, à savoir un SSD de 1 To intégré, un LiDAR autorisant un AF vraiment réactif et une ergonomie matérielle et logicielle au top. Le tout procure un vrai plaisir d'utilisation. Néanmoins, on regrette un peu la montée en ISO JPEG, bien perfectible, et un manque de punch dans la rafale. Surtout, on remarque un prix qui, bien que modéré par rapport au haut de gamme 24x36 mm, fait pencher la balance vers le GFX100s II. Le choix du X2D II 100C sera donc celui du bel objet et du plaisir de shoot.
Sous-Notes
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Prise en main
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Réactivité
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Qualité des images

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