« 15 000 € de travaux avec près de 3 000 € de franchise » : ces habitants désespérés par leur maison fissurée

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De longues balafres grises colmatées le long des façades claires : Pulligny (Meurthe-et-Moselle), un village à une vingtaine de kilomètres de Nancy, est touché par le phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA) ces dernières années. Un phénomène amplifié par le réchauffement climatique : l’argile se contracte lors des sécheresses puis gonfle avec la pluie. Le secteur autour de la place Jean-Pierre Robaine, à l’entrée de la commune, en est l’épicentre. Dans ce quartier tranquille bâti au début des années 1980, nombreux sont les propriétaires qui ont fini par intégrer le processus administratif de déclaration de sinistre naturel : assurances, mairie, préfecture…

Au domicile de Christian et Agnès Borkowski, les lignes de béton qui serpentent vers les hauteurs du toit sur l’un des pignons attestent de l’étendue des dégâts. Le couple habite ici depuis une quarantaine d’années « mais tout a démarré voilà un an », précise Christian Borkowski. Rapidement, la mairie du village a pris le relais pour les conseiller. Puis, les compagnies d’assurances ont été sollicitées. « Elles ont pris à leur charge le coût des travaux pour environ 15 000 euros à l’exception de près de 3 000 euros de franchise qui sont pour notre poche », témoigne son épouse.

50 000 maisons en « zone rouge »

Leurs voisins ne sont pas épargnés, tel ce retraité qui a dû déménager pendant près de six mois dans un appartement de Nancy pour permettre aux ouvriers de creuser jusqu’aux fondations de son domicile. « Les voir qui creusent à 60 cm du sol dans votre cuisine, c’est traumatisant », confie-t-il. Si une balafre de ciment pour colmater la construction renvoie toujours l’esprit à cet épisode, « on attend un an pour voir si la terre continue de travailler. Et si c’est bon, la façade sera à nouveau crépie… »

Une forme de fatalisme habite ces résidents. Depuis 2018, Marie-Noëlle Corradi attend que se finalise la rénovation de sa maison. La retraitée a vécu avec des fissures intérieures dans les murs. Il a aussi fallu enfoncer 24 pieux pour consolider les fondations. « Mais que faire ? » interroge-t-elle en souriant. « Le sol du sud de la Lorraine est argileux. C’est comme ça. »

Un peu plus loin, des voisins se débattent avec moins de bonheur face aux compagnies d’assurances. Bien que propriétaires d’une maison rue des Jardins à Pulligny, totalement lézardée de part en part avec des fissures qui laissent passer le jour dans les cloisons, Véronique Wirth et son mari serrent les dents. Ils ont vu leur procès contre les assurances conclu par un échec en appel, malgré une victoire en première instance. Ils ne savent que faire, au point d’envisager vendre la maison pour… « récupérer la valeur du terrain ».

À Blainville-sur-l’Eau, Pierre Martignon a bataillé pendant sept ans de procédure pour faire valoir son bon droit. L’assurance a payé l’installation de 57 pieux à 16 mètres de profondeur. En outre, 50 m3 de béton sont venus consolider l’édifice de la maison.

Des travaux pris en charge à 70 %

Face au phénomène d’augmentation des « RGA », les autorités (État, Métropole du Grand Nancy) ont décidé de promouvoir une démarche d’expérimentation nationale pour la Meurthe-et-Moselle. Elle existe aussi dans une dizaine d’autres départements. Elle invite les propriétaires des zones menacées à réaliser un « diagnostic de vulnérabilité » subventionné à 90 %. Peuvent suivre alors des travaux (à hauteur de 15 000 euros sous condition de ressources) pris en charge à 70 %.

Attention : il s’agit davantage de prévenir que de guérir. La dimension excessive de fissures déjà établies peut contribuer au rejet des dossiers. « L’idée c’est de diagnostiquer aussi tôt que possible pour prévenir et limiter le coût ultérieur des interventions », explique Rachel Ouezmane, directrice d’Alohe (agence lorraine de l’habitat engagé). Près de 50 000 maisons seraient localisées en « zone rouge » en Meurthe-et-Moselle, dont environ 20 000 autour de Nancy.

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