Cadmium dans nos aliments : ce que recommandent deux spécialistes dans une tribune publiée dans Le Monde

il y a 2 day 3

Le 25 mars dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a confirmé, dans un rapport (Source 1), que de nombreux Français étaient exposés au cadmium au-delà des valeurs toxicologiques de référence. Avec le tabac, l’alimentation constitue la principale source d’exposition, du fait, notamment, de la présence de ce métal dans les engrais phosphatés, utilisé en agriculture.

Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde (Source 2), Carl Gaigné et Mathieu Parenti, économistes et spécialistes des questions agricoles et environnementales, regrettent et dénoncent une incompréhension du statut de la preuve scientifique dans le domaine de la santé publique.

Absence de preuve n’est pas absence de risque

Les deux économistes estiment que l’absence de preuves est encore trop souvent interprétée par les autorités comme par les industriels comme une absence de risque. « Ce raisonnement est récurrent dans l’histoire de la santé publique, avec des conséquences souvent lourdes », déplorent et avertissent-ils.

Et les spécialistes de citer les événements passés où l’absence de preuves a été interprétée à tort comme une absence de risque, à l’instar de l’usage du pesticide chlordécone dans les Antilles françaises. « Dans le champ des expositions environnementales, établir un lien causal se heurte à la complexité du réel », reconnaissent les deux experts.

La convergence de preuves

Ils expliquent ainsi qu’il est très difficile d’établir un lien causal, ou de causalité, lorsqu’il s’agit d’expositions environnementales à des produits toxiques, comme le cadmium.

« Établir un lien causal requiert la convergence de preuves de natures différentes », expliquent-ils. Il faut ainsi des preuves statistiques (mettant en avant un lien de corrélation), expérimentales (sur l’animal notamment) et mécanistiques (pour identifier les mécanismes en jeu), en sachant qu’« aucune de ces preuves ne suffit à elle seule », et que c’est bien « leur convergence qui constitue le faisceau ».

Les deux économistes rappellent cependant ce qui est certain, à savoir que le cadmium est classé cancérogène certain par le Centre international de recherche sur le cancer. En sachant que ce classement repose précisément sur cette convergence de preuves : « études épidémiologiques, études expérimentales chez l’animal et données mécanistiques cellulaires », listent-ils.

Principe de précaution plutôt que polarisation

Aussi, alors que le débat se polarise et que chacun renvoie l’autre aux preuves supposées, les deux spécialistes appellent tout un chacun à prendre ces corrélations « pour ce qu’elles sont : un point de départ ». Ils estiment que l’absence de preuve irréfutable « ne devrait jamais servir d’alibi à l’inaction », et qu’il est nécessaire de mener un débat sur le niveau de preuve jugé suffisant pour mettre en place des mesures de protection de la population. Quand doit-on considérer qu’il faut agir au nom du principe de précaution ? À partir de quel niveau de preuves enclencher des mesures ?

Une réflexion pour le cadmium qui vaut donc pour toutes les substances susceptibles de générer une pollution environnementale et de nous empoisonner à petit feu.

Lire l’article en entier