Pourquoi ma glycémie augmente alors que j'ai rien mangé ?

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Personne utilisant un glucomètre pour vérifier le taux de sucre dans le sang. © Istock / Getty image plus / © Rungrudee

Une prise de sang qui tombe, et surprise : votre glycémie à jeun est un peu élevée… alors que vous n’avez rien mangé. Faut-il s’inquiéter ? Pas forcément.

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

Votre glycémie à jeun est élevée alors que vous n’avez rien mangé ? Ce phénomène, souvent découvert lors d’une prise de sang ou d’un suivi du diabète, peut surprendre. Dans la majorité des cas, il s’explique pourtant simplement.

Qu’est-ce que la glycémie à jeun ?

La glycémie correspond au taux de sucre dans le sang. On parle de glycémie à jeun lorsqu’elle est mesurée après plusieurs heures sans manger, généralement le matin. Contrairement à une idée reçue, cette glycémie n’est pas stable : elle dépend de nombreux mécanismes internes, indépendants de l’alimentation.

Pourquoi la glycémie augmente sans manger ?

Même sans apport alimentaire, l’organisme produit du glucose. Le foie libère en continu du sucre dans le sang afin de fournir de l’énergie aux cellules du corps, notamment au cerveau. Cette régulation de la glycémie est essentielle au bon fonctionnement de l’organisme. Résultat : une hausse de glycémie peut survenir sans lien avec un repas.

Qui remarque un pic de glycémie sans manger ?

Dans la majorité des cas, une personne en bonne santé ne ressent pas une légère augmentation de la glycémie. Ces variations sont le plus souvent silencieuses. Elles sont surtout observées chez les personnes atteintes de diabète qui surveillent régulièrement leur glycémie en temps réel. On peut éventuellement les retrouver aussi chez certaines personnes très attentives à leur santé, équipées de capteurs ou engagées dans un suivi personnel.

Les personnes les plus gênées seraient surtout les diabétiques de type 1 :

L'hyperglycémie dans le diabète de type 1 et 2 : une cause fréquente de glycémie élevée à jeun

Lorsque la glycémie à jeun élevée est constatée de manière répétée, la cause principale est un trouble de la régulation du glucose. En cas d’insulinorésistance, l’action de l’insuline devient moins efficace : le glucose reste dans le sang au lieu d’être utilisé par les cellules.

Avec le temps, cela peut évoluer vers un diabète de type 2. Plus rarement, une hyperglycémie peut révéler un diabète de type 1, qui évolue généralement de façon plus rapide et symptomatique.

Dans ces situations, l’hyperglycémie peut devenir perceptible et entraîner des symptômes, en particulier lorsque la maladie n’est pas contrôlée. Cela peut être le cas chez une personne non encore diagnostiquée ou qui néglige sa prise en charge.

Stress, phénomène de l’aube, sommeil : des causes de montée de la glycémie

Certaines augmentations de la glycémie sont physiologiques et surviennent chez tout le monde, même sans manger. Elles sont généralement légères et non perceptibles, ni gênantes chez une personne en bonne santé.

Néanmoins, les élévations de la glycémie peuvent être plus marquées et devenir symptomatiques en cas de diabète, en particulier dans le diabète de type 1, qui repose sur un apport précis et continu en insuline. “Ces montées glycémiques sont alors rapides et importantes, à la différence de glycémies élevées stables “en plateau”, qui peuvent traduire une dose d’insuline lente insuffisante ou, chez les personnes sous pompe, un débit de base inadapté”, précise l’experte.

Le phénomène de l’aube

Il correspond à une élévation de la glycémie dans les heures du matin, liée à une poussée d’hormones (cortisol, hormone de croissance). Chez les personnes diabétiques de type 1, ce phénomène est particulièrement visible grâce aux capteurs de glucose.

D’après la spécialiste, la pompe à insuline et surtout maintenant la « boucle fermée » permettent désormais de beaucoup mieux gérer ce problème : “la pompe adapte automatiquement la délivrance de l’insuline en fonction des données d’un capteur transmises toutes les 5 minutes”.

Dans le diabète de type 2, une glycémie élevée au réveil peut parfois être liée à des apports insuffisants en glucides la veille au soir : “Cela induit une augmentation de la production de glucose par le foie que l’insuline (produite par le pancréas ou injectée) aura du mal à freiner, ce qui explique une glycémie plus haute au lever”, explique l’ endocrino-diabétologue.

Le stress et l’activité physique intense

“Le stress entraîne une libération d’adrénaline et de cortisol qui induisent une résistance à l’insuline faisant que celle-ci agira moins bien”, explique la docteur Sylvie Picard. On dit d’ailleurs souvent que ces hormones sont hyperglycémiantes.

D’un autre côté, le sport intense peut provoquer une augmentation transitoire de la glycémie.

Le manque de sommeil ou des nuits perturbées

Ils peuvent altérer la sensibilité à l’insuline et entraîner une glycémie plus élevée. 

Hyperglycémie chronique : quels symptômes doivent alerter ?

Lorsqu’une glycémie reste au-dessus des valeurs normales, y compris à jeun ou en dehors des repas, on parle d’hyperglycémie chronique. Elle peut passer inaperçue au début, mais finit parfois par entraîner des symptômes tels que :

  • une soif intense ;
  • des urines fréquentes ;
  • une fatigue inhabituelle ;
  • une vision floue ;
  • infections fréquentes (urinaires, mycose, cutanées…) ;
  • parfois une perte de poids.

Ces symptômes traduisent un trop de sucre dans le sang de façon chronique et doivent conduire à consulter. Un bilan sanguin mesurant la glycémie à jeun est alors souvent prescrit.

Une glycémie à jeun normale se situe généralement entre 0,70 et 1,10 g/L. Au-delà, on parle d’hyperglycémie à jeun, surtout si les valeurs sont répétées. Une glycémie autour de 1,26 g/L ou plus peut évoquer un diabète. Ce n’est pas une valeur isolée qui compte, mais la répétition des résultats.

À noter que certaines situations favorisent une glycémie élevée comme la grossesse (qui peut, chez certaines femmes, s’accompagner d’un diabète gestationnel) , certains médicaments, (notamment les corticoïdes) ou encore certaines maladies hormonales.

Dans ces cas, une surveillance adaptée est mise en place.

Comment faire baisser la glycémie ? (sans tomber dans les idées reçues)

C’est une question fréquente, mais la réponse dépend toujours de la cause. En cas de glycémie élevée :

  • améliorer son mode de vie (alimentation saine et équilibrée, poids sain, activité physique, limiter l’alcool, la caféine et les facteurs de stress) ;
  • bien suivre son traitement si l’on est diabétique. Dans le diabète de type 1, l’ajustement de l’insuline est central. “L’insuline basale ne couvre pas les apports alimentaires : toute prise de glucides nécessite un apport d’insuline rapide adapté. Il faut freiner avant le virage, sinon on risque de déraper”, souligne la Dre Sylvie Picard.
  • consulter un professionnel de santé

Le citron et les remèdes de grand-mère pour faire baisser la glycémie : ça ne marche pas !

Le citron, par exemple, n’a aucun effet démontré sur la glycémie ni sur la pression artérielle. Certains compléments alimentaires ou plantes (chrome, cannelle, fenugrec…) sont parfois évoqués, mais les preuves scientifiques restent limitées.

Comment faire baisser sa glycémie avant une prise de sang ?

Il n’y a aucun intérêt à chercher à faire baisser sa glycémie avant une prise de sang. Une glycémie doit refléter votre état réel, et non être modifiée ponctuellement.

Que faire en cas d’hyperglycémie sous pompe à insuline (diabète de type 1) ?

Pour toutes les personnes diabétiques de type 1 sous pompe : une augmentation du glucose sans prise alimentaire doit mettre en alerte sur une éventuelle obstruction du cathéter de la pompe (qu’elle soit «  tubulaire »  ou « pod »). En cas de dysfonctionnement, l’insuline n’est plus délivrée, ce qui peut entraîner une élévation rapide de la glycémie.

Quand parle-t-on de “taux dangereux” de glycémie ?

On parle d’hyperglycémie potentiellement dangereuse lorsque la glycémie dépasse 250 mg/dL (2,50 g/L), en particulier si elle persiste plusieurs heures (plus de 3 heures pour la diabétologue) ou ne répond pas aux corrections habituelles. À ce niveau, le risque de complications aiguës augmente, notamment en cas d’apparition de symptômes comme des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales ou une fatigue inhabituelle. Une acidocétose peut alors survenir.

Sources

Entretien avec la docteure Sylvie Picard, endocrino-diabétologue.

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