Cancer du pancréas : zoom sur ce candidat-médicament qui doublerait la survie des patients

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© sorbetto/Getty Images

Un nouveau candidat-médicament a donné des résultats très encourageants dans le traitement du redoutable et redouté cancer du pancréas. Il doublerait la survie des patients, par rapport au traitement standard.

C’est l’un des cancers les plus mortels, et par conséquent les plus redoutés. Le cancer du pancréas a généralement un mauvais pronostic, et ce, en partie du fait de l’absence de symptômes aux premiers stades de la maladie, et de la difficulté à atteindre la tumeur de cet organe très interne.

Aussi, toute avancée, même minime, dans le domaine thérapeutique dédié au cancer du pancréas doit être saluée. Mais ici, il semble qu’il s’agisse bien plus qu’une avancée “minime”. Les spécialistes parlent davantage de percée inespérée tant les résultats sont impressionnants compte tenu des enjeux et spécificités de ce cancer.

Un nouveau candidat-médicament, mis au point à l’Université Northwestern (Illinois, États-Unis), a, dans un essai clinique de phase 2, donné des résultats très encourageants. En effet, les patients ayant l’elraglusib, médicament expérimental, associé à une chimiothérapie standard, ont eu deux fois plus de chance de survie après un an de traitement que ceux ayant reçu une chimiothérapie seule. Et ce candidat-médicament a également réduit de 38 % leur risque de décès. L’étude a été publiée dans la revue Nature Medicine (Source 1).

« Bien que ces résultats doivent être confirmés par des essais de phase III, l’amélioration de la survie observée dans un cancer aussi difficile à traiter est encourageante. Compte tenu du mécanisme d’action novateur de ce médicament, ces découvertes laissent entrevoir la possibilité d’une application plus large à d’autres types de tumeurs », a commenté le Dr Devalingam Mahalingam, auteur principal de l’étude, cité dans un communiqué (Source 2).

L’essai clinique a ici inclus 233 patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique, issus de 60 centres répartis dans six pays d’Amérique du Nord et d’Europe. Les patients ont été répartis au hasard (ou randomisés) dans deux groupes : un groupe recevant l’elraglusib en plus de la chimiothérapie classique, et un groupe recevant uniquement cette chimiothérapie (groupe placebo ou témoin).

Deux fois plus de patients en vie un an après

Les patients du groupe recevant le médicament ont survécu en moyenne 10,1 mois, contre 7,2 mois pour le second groupe. Mais si cette différence de trois mois peut sembler modeste elle est significative et peut s’expliquer par le fait que l’essai incluait des patients chez qui le cancer avait progressé trop rapidement pour leur permettre de bénéficier du traitement. Car chez les patients ayant pu recevoir de l’elraglusib, l’effet a été particulièrement visible, avec deux fois plus de patients en vie un an après (44 % contre 22 % dans l’autre groupe), et 13 % encore en vie deux ans après, contre aucun dans l’autre groupe.

Concernant les effets secondaires, ils seraient comparables à ceux de la chimiothérapie (fatigue, troubles visuels transitoires, baisse du nombre de globules blancs…), avec toutefois une fréquence un peu plus élevée. Les chercheurs estiment toutefois que le profil de sécurité de ce candidat-médicament est acceptable, au regard des bénéfices.

Pour les patients, et surtout leurs proches, puisque ceux-ci sont malgré tout décédés, la participation à cet essai clinique leur a donné de l’espoir et leur a permis de se focaliser sur quelque chose de positif, en plus de gagner quelques mois de vie.

Agir sur le micro-environnement tumoral

L’elraglusib ne détruit pas les cellules cancéreuses comme le fait la chimiothérapie. Il agit plutôt sur ce qui fait la force de la tumeur pancréatique : le micro-environnement tumoral, c’est-à-dire le mélange de cellules cancéreuses, de cellules immunitaires et de tissus environnants qui rend la tumeur du pancréas si difficile à traiter car si difficile à atteindre. L’elraglusib cible ainsi une protéine, appelée GSK-3 bêta, qui joue un rôle dans la croissance tumorale et la suppression du système immunitaire. Le médicament provoque alors comme une brèche dans ce qui ressemblait jusqu’ici à une forteresse impénétrable, permettant alors aux autres traitements, notamment à la chimiothérapie, mais aussi au système immunitaire, d’atteindre leur but : la tumeur.

Si ce candidat-médicament ne promet pas de guérir pour de bon le cancer du pancréas, il pourrait être le cheval de Troie idéal pour enfin parvenir à attaquer la tumeur plus violemment et plus efficacement.

Notons qu’un autre candidat médicament, le daraxonrasib, a donné des résultats tout aussi encourageants et prometteurs, cette fois dans un essai de phase 3 (Source 3). Il s’agit d’un traitement de la famille des inhibiteurs de K-Ras, médicaments qui bloquent la protéine K-Ras, qui augmente la croissance et la division des cellules cancéreuses. Là aussi la survie des patients traités a doublé, avec certains patients encore en vie deux ans après le traitement.

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