On savait la forêt de Chantilly (Oise), à 30 km au nord de Paris, fragile et condamnée à se réinventer pour surmonter les conséquences du réchauffement climatique. Plus de 40 % des chênes des 6 300 ha du domaine privé de l’Institut de France dépérissent et depuis ce constat réalisé en 2018, des recherches et un plan d’actions ont été lancés pour sauver le massif forestier.
Insuffisant pour un collectif de cinq associations (Orry en Transition, Radioleo, Senlis en transition, Coye en Transition, et VélOOise), qui vient d’envoyer un plaidoyer citoyen à tous les élus du secteur, ainsi qu’à l’ONF et à l’Institut du France. Un document conçu pour peser au moment de la validation du nouveau plan de gestion de crise, l’aménagement forestier 2026-2035.
« En tant qu’habitants et usagers de la forêt de Chantilly, nous avons été alertés par l’ampleur des coupes d’arbres et les signes visibles de dégradation de la forêt depuis 2022 », écrivent les membres du collectif citoyen. Leur principale demande consiste en « un moratoire sur les coupes d’arbres matures pour permettre à la forêt de se stabiliser face au dérèglement climatique et de reconstituer son capital ».
Les jeunes chênes ont du mal à pousser
« Une forêt malade doit-elle continuer à travailler et à être exploitée ? interroge Angelika Oleksiak, porte-parole du collectif. Le commerce de bois semble primer sur l’écologie mais de l’aveu même de l’Institut de France, dans dix ans, il pourrait ne plus rester d’arbres de grande valeur pour financer le renouvellement de la forêt de Chantilly. Il faut arrêter de vouloir à tout prix abattre les vieux arbres, d’autant que depuis vingt ans, 65 % des plantations de chênes se soldent par des échecs. »
Une opinion que ne partagent pas tous les défenseurs de l’environnement et de la forêt. « Il y a des arbres qu’il a fallu abattre car ils étaient malades et qu’ils risquaient de perdre leur valeur marchande », estime Jean-Charles Bocquet, bénévole du groupe Ensemble, sauvons la forêt de Chantilly, qui compte plus de 400 personnes.
Guidés par les chercheurs de l’Inrae (l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), formés par les forestiers de l’Office national des forêts (ONF), lui et quelques dizaines de membres très actifs mettent tout en œuvre pour tenter de sauver les arbres du réchauffement climatique.
Une forêt à faire évoluer
« Nous n’avons pas vu beaucoup de membres du collectif qui a écrit ce plaidoyer venir nous aider dans les actions réalisées pour sauver la forêt de Chantilly. Il y aura toujours une forêt dans 50 ans mais ce ne sera sans doute pas la même qu’aujourd’hui. »

Lors de la présentation du projet Chantilly 2030 de l’Institut du France au début du mois de février, la problématique de la forêt de Chantilly avait été évoquée.
« Nous prévoyons de diversifier les espèces pour atténuer le stress climatique et freiner les attaques de ravageurs, détaillait Daisy Copeaux, directrice du domaine forestier et immobilier du château de Chantilly. On recense actuellement 800 ha de forêt sinistrés, dans lesquels il faut couper les arbres morts et planter de nouvelles espèces. »
650 000 euros de recettes pour le château
Ces mesures font partie du plan d’aménagement de crise couvrant la période 2026-2035, élaboré par l’ONF en étroite collaboration avec l’Institut de France et validé par l’État le 31 décembre dernier. Un dispositif qui prévoit « une exploitation raisonnée » de la ressource en bois.
« Les ventes de bois contribuent au modèle économique du château de Chantilly, mais restent limitées : en 2025, elles ont représenté moins de 3,5 % des recettes totales, pour environ 650 000 euros, indique l’Institut de France. Le plan d’aménagement de crise prévoit une exploitation modérée, compatible avec la régénération durable du massif. »
Déjà scrutée depuis plusieurs années, la forêt de Chantilly le sera encore davantage dans les années à venir. Si elle est la première forêt de France à bénéficier d’un plan d’aménagement de crise, c’est parce qu’elle subit les effets du changement de climat avant qu’ils ne touchent les autres massifs forestiers de France.
« De par sa spécificité géographique, la forêt de Chantilly subit un dépérissement avec une dizaine d’années d’avance sur le reste des forêts, souligne l’Institut de France. Ce qui fait de son suivi et de ses solutions expérimentales une véritable caisse de résonance face à l’urgence climatique qui affecte toutes les forêts françaises. »




