Classé en zone Natura 2000 depuis 2004, l’archipel des Glénan, au large de Fouesnant (Finistère), connaît depuis quelques années une énorme fréquentation, surtout pendant la période cruciale du 15 juillet au 15 août. Pendant un mois, le nombre de visiteurs débarquant sur les îles ou navigant à leurs abords se chiffre en effet à plusieurs centaines par jour. Si le phénomène n’étonne pas beaucoup dans les « Caraïbes bretonnes » (surnom dû à la couleur de son eau turquoise et de ses plages de sable blanc), il fragilise le site naturel et met en danger certaines espèces d’oiseaux et de fleurs, comme les célèbres narcisses.
En 2023, un comité de pilotage a été créé impliquant tous les acteurs concernés, dont la préfecture du Finistère, la préfecture maritime de l’Atlantique et le maire de Fouesnant, Roger Le Goff, qui est aussi le président de la communauté de communes. Avec en projet l’extension de la réserve naturelle.
Trois ans plus tard, le 22 janvier dernier, le premier conseil de l’archipel des Glénan a réuni les représentants des membres de ce comité de pilotage pour annoncer un changement de cap. « Aux difficultés rencontrées à la mise en œuvre du dispositif d’extension en mer de la réserve naturelle nationale de Saint-Nicolas des Glénan, il a été choisi de porter un nouveau projet de préservation de l’archipel des Glénan privilégiant une méthode coconstruite entre l’État, la commune de Fouesnant et la communauté de communes du pays fouesnantais, ancrée dans le territoire et impliquant l’ensemble des acteurs locaux. Elle se veut progressive et agile, tenant compte des suivis et évaluations pour permettre les ajustements nécessaires aux réalités du territoire », expliquent les membres du conseil.
Concilier fréquentation et préservation
L’objectif général du projet est de concilier fréquentation, activités humaines et préservation des patrimoines naturels, culturels et paysagers de l’archipel. Il vise à garantir un patrimoine naturel exceptionnel préservé et transmis aux générations futures, tout en maintenant les activités économiques et récréatives, qui seraient pérennisées, et en garantissant un accueil de qualité pour tous les visiteurs dans le respect du site.
Ce numéro d’équilibriste est facilité depuis septembre 2025 par une concertation qui « a permis des avancées notables et une adhésion générale sur les grandes orientations du projet. Ce travail a été permis par la forte mobilisation des acteurs, leur importante participation et des échanges constructifs », pointent les membres du conseil.
Plusieurs changements ont par ailleurs déjà eu lieu depuis 2023 : des mouillages écologiques pour ne pas racler le sol, et des ancrages définitifs pour plongeurs.
Pour 2026, des mesures sont pour l’instant seulement envisagées, dont la signature d’un arrêté interpréfectoral de protection de biotope et d’habitats naturels. Cela permettrait d’harmoniser la réglementation à l’échelle de l’archipel, et donc de mieux protéger les sites à forts enjeux écologiques. Par ailleurs, le conseil a acté le lancement d’une étude de faisabilité pour établir une jauge globale de fréquentation de l’archipel.
Des changements surtout en 2027 et 2028
« La grande question est de savoir comment limiter l’impact négatif de la surfréquentation pendant certaines dates », souligne Roger Le Goff. « Nous voulons certes préserver le site, mais pas le mettre sous cloche. C’est un joyau qui appartient à tout le monde, tant terrestre que maritime. Entre les écoles de voile, les transporteurs, les Vedettes de l’Odet, le centre de plongée, les plaisanciers, pêcheurs… Sans compter tous les particuliers qui louent des bateaux à la journée pendant l’été pour aller aux Glénan, la liste est longue ! »
Selon le maire de Fouesnant, « on ne ferme pas l’accès, on va tenter de le réguler et d’analyser les impacts négatifs de tous ceux qui viennent dans l’archipel pour trouver des solutions ».
« Il faut se demander ce qu’on peut faire avec les moyens qu’on a », continue-t-il. « On pourrait créer des zones hyperprotégées, interdites aux bateaux à cuve, des zones de frayage pour les pêcheurs. Aussi installer des blocs ou maisons sous l’eau pour permettre aux poissons et à la flore de se reproduire ». Des arrêtés préfectoraux ont déjà été pris au fil des mois, mais « il appartient aux usagers de participer à la coconstruction », insiste le maire. « Nous allons faire quelques ajustements cet été, mais des évolutions vont intervenir en 2027 et 2028. »
Chaque année, de nouveaux problèmes qui menacent la sauvegarde de l’archipel sont mis en lumière : le motonautisme, les locations dites sauvages de semi-rigides, transportant des dizaines de personnes sur les îles, et les incivilités, qui sont en nette augmentation. Le travail du comité de pilotage ne fait que commencer.




