Un projet de forêt de bambou sur des terres agricoles inquiète dans la Vienne

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« J’ai toujours vu des vaches et des moutons ici. Que va nous apporter cette monoculture ? C’est juste un placement financier », estime Liliane Chabauty, maire d’Availles-Limouzine, un village de la Vienne, limitrophe de la Charente.

C’est ici que la société Horizom, basée dans les Landes et spécialisée dans la culture du bambou, plantera dès l’automne ses premiers rhizomes (plants) sur un domaine de 250 hectares, dont 205 hectares de surface agricole utile (SAU), dont elle assure désormais « la gestion courante ». Le projet comporte également l’installation d’éoliennes.

Ces terres autrefois promises à l’élevage ont été acquises pour 2,25 millions d’euros par la SCI (société civile immobilière) Rhiza 86, elle-même pilotée par l’une des entités de NJJ, la holding contrôlée par le milliardaire Xavier Niel. Horizom ne s’étale pas sur les ambitions agricoles patron de Free et évoque seulement le coup de pouce de « différents investisseurs ».

Pour faire des isolants, des granulés ou des biocarburants

Son objectif ? Produire de « la biomasse » pour fabriquer des matériaux isolants, des granulés ou des biocarburants, entre autres. « Nous souhaitons développer une filière française de culture et de valorisation du bambou », confirme Dimitri Guyot, cofondateurs d’Horizom avec Christophe Downey et Stéphane Alzaix.

À Availles-Limouzine, les habitants ont découvert ce « projet » par le plus grand des hasards. Même la mairie n’était au courant. La Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural) Nouvelle-Aquitaine confirme la vente et l’absence de concurrents intéressés par ces terres, à un tel tarif.

Installé dans la commune, Franck Alix a été le premier à dénoncer « l’accaparement des terres par des industriels et financiers ». Maraîcher et membre de la Confédération paysanne, Jean Charry confirme et redoute « l’augmentation des prix du foncier agricole ».

« Les sommes dépassent 8 000 euros à l’hectare contre 2 000 à 3 000 euros en temps normal. À ce prix-là, un jeune va au casse-pipe… » Lui dénonce aussi l’irrigation nécessaire aux bambous. « Nous sécurisons 1 500 m3 d’eau par hectare et par an », avance Dimitri Guyot. Horizom qui « ne plante pas sans la possibilité d’irriguer » s’appuiera sur « un étang » et « ne prendra pas l’eau des voisins ».

Sans aucun pesticide ni travail du sol

Les opposants s’interrogent aussi sur les crédits carbone générés par ces plantations. « C’est une activité financière », tranche Françoise Sire de l’association Vienne Nature Environnement en redoutant « un projet hors-sol ». Selon Dimitri Guyot, « les crédits carbone ne représentent que 7 % des revenus de l’exploitation. Ils ne sont pas le cœur du modèle ». Cet ingénieur qui affirme « diversifier le paysage agricole local » refuse le terme de monoculture et parle davantage de « culture pérenne, comme la vigne ou un verger ».

Les bambous seront récoltés tous les ans, durant 25 ans « sans aucun pesticide ni travail du sol pour un couvert végétal permanent », énumère Dimitri Guyot. Jean Charry aurait préféré, « à l’heure du Mercosur, sanctuariser la vocation alimentaire de ces terres d’élevage ». D’autres, à Availles-Limouzine, s’inquiètent des conséquences de cette culture atypique sur la faune et la flore. Franck Alix appelle ainsi Horizom à faire de cette bambouseraie géante « un laboratoire d’étude » pour mieux mesurer l’impact de cette activité nouvelle sur la biodiversité.

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